Parc national des Pyrénées, une nature préservée
À ce point de notre voyage, je laisse la plume à Corine, qui nous a rejoint à Bielsa pour vivre la suite et la fin de la traversée des Pyrénées par la HRP.
Patrick et Philippe réalisent leur rêve de traverser les Pyrénées par la HRP, soit environ 45 jours de marche. Travaillant encore, 45 jours de congés c’est impossible, et puis de toute façon cela aurait été trop long, mais pourquoi ne pas en faire une partie? En étudiant leur parcours, je trouve un compromis pour 18 jours de Bielsa à Hendaye. 
Après mon « acclimatation » à Saint-Lary-Soulan, me voilà arrivée à Bielsa en stop pour raccrocher la loco partie début juillet de Banyuls. Il fait très chaud et le temps est orageux. Bielsa est une jolie petite bourgade espagnole d’environ 400hab dans la Province de Huesca située à une trentaine de kilomètres de la frontière. Patrick et Philippe arrivent en début d’après-midi, bronzés à souhait; nous prenons possession de nos chambres à la Casa Vidaller dans le centre. Les hommes profitent de faire une grosse lessive, tout est relatif vu le peu de vêtements dans leur sac à dos! Ensuite, nous allons siroter une Sangria et des tapas, Espagne oblige. Nous réservons un taxi pour le lendemain afin de faire les 8km de route qui nous séparent du début de notre étape.
Étape 29: de Parzan aux Lacs de Barroude (+1200m, -200m, 11km)
Cirque de Barrosa, cabane de Barrosa, Port de Barroude, bivouac au Lac de Barroude

Quel bel amphithéâtre de roche aux trois couleurs: rose, gris et noir. En nous enfonçant dans le cirque, nous découvrons la cabane de Barrosa, refuge non gardé et la grosse montée qui nous amène au Port de Barroude, la frontière avec la France. Il est presque 13h lorsque nous arrivons au col de Barroude, à 2534m. Nous avons une superbe vue sur les lacs et le décor glaciaire dominé par les murailles de Barroude. Nous cherchons le refuge de Barroude du regard, en vain…

Les isards ou les bouquetins nous surveillent, perchés sur la muraille de Barroude juste au-dessus de nous. Après s’être voilé, le ciel se dégage et juste quelques nuages persistent au moment de se coucher. Dans la nuit le tonnerre gronde, d’abord au loin, les éclairs se succèdent, les premières gouttes arrivent, puis nous sommes sous l’orage. On entend une chute de pierres, due à la forte pluie ou aux animaux sur la crête. Puis l’orage s’éloigne enfin.
Étape 30: du lac de Barroude à La Chapelle de Héas (+500m, -1400m, 13km)
Hourquette de Chermentas, Hourquette de Héas, bivouac à La Chapelle de Héas

Nous redescendons un moment avant de reprendre un sentier bien tracé qui serpente dans la caillasse. Puis, nous terminons par des belles dalles de gypse, presque horizontales, jusqu’à la Hourquette de Héas. De chaque côté, une mer de nuages qui vient de la vallée, c’est grandiose. 
Nous rejoignons la cabane des Aguilous qui est maintenant réservée aux éleveurs. Nous sommes vite rattrapés par la mer de nuages qui monte de Héas. Nous croisons quelques randonneurs qui sont dans la purée de pois depuis 2h. Nous avons du mal à repérer la seconde cabane, celle de l’Aguila, tant le brouillard est épais. Nous décidons d’y grignoter à l’abri du mur. « C’est un peu plus lumineux, cela devrait se dégager » dis-je et les hommes reconnaissent là mon optimisme, sans être guère convaincus. J’avais raison, à peine sommes-nous repartis que le soleil perce la fine couche de nuages.
Le sentier est très cassant jusqu’à La chapelle de Héas, heureusement que le soleil est revenu. Arrivés à la route, nous apercevons une pancarte indiquant à droite, auberge de Munia et camping. Nous nous y dirigeons et sommes très bien accueillis par la propriétaire qui nous montre les quelques emplacements de bivouac. Avant de nous installer, nous commençons par une bonne bière, puis une glace et réservons le repas du soir.
Un repas très raffiné nous attend: quiche roquefort et poire, cabillaud accompagné de lasagnes de légumes et un gâteau au chocolat pour terminer. À peine avons-nous rejoint les tentes vers 20h30 que quelques gouttes tombent accompagnées du grondement du tonnerre. Un orage n’est pas impossible ce soir, mais le beau temps est prévu pour les quatre jours à venir.
Étape 31: de La Chapelle de Héas au Refuge de La Grange de Holle (+1200m, -1200m, 20km)
Cirque d’Estaubé, Hourquette d’Alans, Refuge des Espuguettes, Gavarnie, bivouac au refuge de La Grange de Holle
Comme prévu, il fait beau. Vers 8h, nous prenons la route principale avant de rejoindre celle qui monte au barrage des Gloriettes. Une bonne heure sur le bitume, pas terrible du tout. 
Après une montée tranquille, nous nous élevons franchement en pleine chaleur jusqu’à la Hourquette d’Alans. Quelle vue là-haut, un des princes des Pyrénées, le Vignemale apparaît. 

Une bonne bière, une bonne douche et tout va mieux. Nous faisons la connaissance de Bernard, qui parcourt la HRP dans la même sens que nous. Nous le retrouverons les jours suivants pour d’autres aventures.
Étape 32: du Refuge de La Grange de Holle au Refuge des Oulettes de Gaube (+1600m, -900m, 21km)
Cabane d’Ossoue, vallon d’Ossoue, Refuge de Baysselance, Hourquette d’Ossoue, bivouac au Refuge des Oulettes de Gaube
Le beau temps continue. Aujourd’hui, l’étape se déroule sur le tracé du GR10, donc pas de problème d’itinéraire en principe, encore faut-il le prendre dans le bon sens… C’est en effet trompeur, car le GR10 ne passe pas à Gavarnie, il y a donc deux directions à partir de Oulette de Gaube et nous avons pris la mauvaise. 
Nous montons d’abord par un très agréable sentier en sous-bois, puis longeons un torrent avant de rejoindre la route qui va au barrage d’Ossoue. Il faut vraiment faire confiance au GPS, car la sente est tellement peu fréquentée qu’elle disparaît dans les hautes herbes. 
Vers 15h, nous arrivons au refuge de Baysselance, point de départ des candidats à l’ascension du Vignemale. Nous prenons une boisson et discutons avec une femme seule sur la HRP, qui en a marre de parler aux arbres. Elle propose même de nous payer pour faire un bout de chemin avec 
« Quel monde, c’est l’autoroute, sauf qu’ils ont oublié le bitume » me dit Philippe. En effet la descente dans la caillasse est bien éprouvante. Le Vignemale verra beaucoup de monde demain, vu tous les randonneurs chargés que l’on croise. Heureusement, la vue sur l’envers du Vignemale et son glacier suspendu est superbe et nous fait oublier 
Nous arrivons vers 17h au refuge des Oulettes de Gaube, une bière s’impose avant l’installation du bivouac dans ce décor sublime où coule un torrent avec bien sûr le Vignemale en arrière-plan. Le refuge est plus que complet, plus de 100 couverts sont servis, mais quel accueil : une présentation de l’équipe en français et en espagnol, avant un apéritif de bienvenue et un bon repas. C’est très rare pour être signalé. Avant de se coucher, le Vignemale s’éclaire, c’est de toute beauté.
Étape 33: du Refuge des Oulettes de Gaube à l’ancien refuge de Bachimana (+1000m, -900m, 11km)
Ibon Alto de Batanes, collado de Letrero, Ibon de Letrero, Lacs de Bramatuero, Refugio de Bramatuero, bivouac au Lac de Bachimana Alto

En une bonne heure, nous sommes au col des Mulets avant de redescendre jusqu’à une bifurcation, où nous sommes attirés par un bon sentier balcon qui file à droite. Un coup d’œil sur le topo, il faut continuer de descendre. En effet, le sentier balcon mène au col d’Arratille, qui est l’étape normale pour rejoindre le refuge Wallon. Arrivés dans la prairie, l’itinéraire est loin d’être évident; on traverse une rivière, mais pas le ru qui descendait du col d’Arratille. On remonte un peu, Philippe nous guide grâce à sa trace GPS.



Après une bonne descente, nous voilà dans des montagnes russes jusqu’à l’ancien Refuge de Bachimana au bord du Lac de Bachimana Alto. Encore un très bel endroit de bivouac. Le couple avec qui nous avons cheminé a réservé la nuit au nouveau Refuge Bachimana, situé à l’extrémité sud du lac, à une petite heure d’ici. Bernard et nous trois sommes heureux de nous arrêter ici, car la journée a été longue, 
Il y a juste beaucoup de vent, mais cela va permettre de sécher rapidement la lessive. Une bonne toilette dans le torrent et nous voilà prêts pour la cuisson des pâtes que nous agrémenterons d’une sauce bolognaise. Bernard quant à lui teste une paella. Nous préparons tout cela dans la cabane qui est plutôt propre et surtout à l’abri du vent.
Étape 34: du Refuge de Bachimana au Refuge d’Arrémoulit (+1200m, -1100m, 17km)
Ibon Azul, Collado del Infernio, Ibon de Tebarray, Collado de Tebarray, refuge de Respomuso, lacs d’Arriel, col d’Arrémoulit, bivouac au refuge d’Arrémoulit


Philippe et Bernard nous ont rejoints, et nous voilà en route vers le Collado de Tebarray. 

Nous quittons le GR pour prendre un sentier qui monte aux lacs d’Arriel, et nous cheminons ensuite de lac en lac, c’est superbe. Puis, nous arrivons au pied du vallon qui monte au col d’Arrémoulit, et là c’est raide! D’abord un peu de blocs, avant de rejoindre une sente cairnée bien pentue. 
Il n’est pas très tôt quand nous arrivons, et les emplacements de bivouac sont très limités. Nous montons nos trois tentes, qui sont un peu serrées. Un jeune couple peu habitué au bivouac monte leur tente pour la première fois. Peut-être pensent-ils que la toile isole du bruit; nous avons droit à toute l’explication de la toilette avec les lingettes!!! Nous retrouvons avec plaisir le couple qui a couché hier au nouveau refuge de Bachimana.
Le refu

En conversant avec le gardien, nous apprenons qu’il était auparavant gardien du refuge de Barroude. Il est en procès actuellement, car le jugement a retenu la foudre comme cause de l’incendie du refuge de Barroude, foudre dont les dégâts ne sont pas couverts par les assurances. Mais lui est convaincu que c’est une malfaçon dans l’installation électrique qui est la cause de l’incendie. En attendant, il a tout perdu… il ne désespère pas de gagner son procès et de pouvoir faire reconstruire le refuge de Barroude, mais ce n’est pas pour demain…

