Dans les villages Zafimaniry
L’art Zafimaniry du travail du bois
Ambositra – Antoetra, départ du trek en pays Zafimaniry – Sakaïdo
Au lever, c’est gris, mais il ne pleut pas. En attendant Mika, je prends quelques scènes de rue devant l’hôtel, les pousse-pousse sont déjà à fond… Nous voilà partis pour 12km sur la RN7 jusqu’à Ivato, puis 25 km de piste jusqu’à Antoetra que l’on prononce «Anteutcht’». Nous faisons une petite pause à Ivato où Fetra nous montre un étal de jouets locaux: 

A l’arrivée au village d’Antoetra, nous sommes entourés par des jeunes qui veulent tous être nos guides ou nous vendre quelque chose. Serge, notre guide local nous propose un petit tour du marché. Les villageois les plus fortunés sont venus en voiture et on retrouve les 4L, les 504, … toutes les anciennes voitures françaises qui ont une seconde vie à Madagascar.

Accompagnés par Serge et Mathieu, jeune stagiaire de l’agence, nous commençons notre trek par une piste, puis un chemin dans les herbes hautes, et au vu de l’heure avancée, nous trouvons rapidement un endroit agréable pour pique-niquer. Une légère montée est propice à la digestion et nous arrivons à un col où les missionnaires catholiques ont érigé une haute croix. En principe, il y a une belle vue! On veut bien y croire, car nous sommes dans le brouillard… Le paysage est vallonné et plusieurs hectares ont été replantés en arbres traditionnels grâce à des donateurs (un panneau indique un don de viticulteurs proche d’Angers). 
Les sentiers du pays Zafimaniry sont parsemés de pierres dressées en hommage aux ancêtres: les tsangambato. Après une courte pause, nous attaquons une descente assez raide sur des dalles de granit détrempées où des marches ont été taillées dans la roche. Il faut être très vigilant, car cela glisse. Mais cela ne gêne nullement les nombreux villageois revenant du marché, qui nous doublent en papotant, paniers ou sacs sur la tête, la plupart pieds nus…


Les dessins géométriques sont hautement symboliques et montre l’individu au sein de son groupe social: les toiles d’araignée (tanamparoratra) désignent les liens familiaux, les losanges représentent les alvéoles de la ruche (papintantely) et symbolisent la vie communautaire tandis que l’égalité est symbolisée par le soleil. Les Zafimaniry vivent sous l’autorité des anciens qui enseignent la solidarité et l’union.
Nous aurons la chance d’entrer dans la maison du chef de village. Il a 74 ans. Il nous souhaite la bienvenue et nous remercie d’avoir fait tout ce chemin pour venir chez lui, cela l’honore. Il nous explique que, comme dans la plupart des maisons traditionnelles malgaches, la pièce unique est orientée suivant les directions sacrées.

Ensuite, Serge nous accompagne à nos tentes plantées dans la cour de l’école, en haut du village. Il bruine toujours, le sol est très gras et nous sommes contraints de garder nos grosses chaussures. À 18h, retour à la maison pour déguster un cocktail planteur. Nous levons nos verres et prononçons (après quelques répétitions) «Itoundrafahasalaamana» ce qui signifie «santé» en malgache! Un groupe d’adolescents nous improvise un spectacle musical avec des instruments traditionnels, dont un tambour fait dans un bambou et des cymbales, et nous invite à danser. Spaghettis bolo et bananes flambées constituent notre repas. Enfin il pleut toujours quand nous retournons aux tentes vers 21h30…
De village en village
2ème journée de trek en pays Zafamaniry: Sakaïdo – Faliarivo – Ankidodo


On rencontre un villageois, debout sur un tronc en train de le fendre pour en faire des planches ou un madrier. Il travaille nu-pieds avec une grande dextérité. Le terrain est vallonné jusqu’au petit village de Fanandrana où le soleil semble vouloir percer. Nous sommes invités dans une maison où sont étalés différents objets en bois. 
De nombreux villageois sortent nous saluer. Les femmes sont fières de montrer l’enfant qu’elles portent dans les bras et sont heureuses d’être photographiées. Sous le soleil, nous repartons et cela change tout au niveau des couleurs. Des rondins de bois ont été mis bout à bout afin de traverser un marécage sans se mouiller les pieds. La pluie nous rattrape et nous ne nous attardons pas. Par un faux plat malgache, nous arrivons au village de Faliarivo. C’est un village à l’écart, très peu visité par les Vazahas. Nous sommes donc l’attraction! Ils sont tous aux fenêtres, puis sortent en criant «Salam, Salame, Salamo,…». Nous traversons le village, accompagnés par les enfants. Ils nous suivent un long moment et nous les distinguons à peine dans la brume. Le sentier se poursuit en crête sur un terrain accidenté et gras; le nuage se dissipe quelque peu faisant apparaître des rizières en contrebas et de belles falaises. Nous croisons des villageois chargés de fagots sur la tête, l’un transporte carrément un madrier sur l’épaule.

On discute de la langue malgache, et pour plaisanter Fetra nous traduit « joyeux anniversaire ». Cela donne « arahabaina tratry ny fitsingerinan’ny taona nahaterahanao ianao » !!! Il faut un certain temps pour dire les choses en malgache! Le repas se compose d’un plat typique de Madagascar à base de poulet, riz rouge avec une sauce aux brèdes (légumes du type épinard), puis banane au chocolat en papillotes, miam miam… Quand on remonte au camp, cela bruine un peu moins. Serge nous assure qu’il fera grand beau demain, on en doute tous.
Adieux aux Zafimaniry, et retour à la RN7!
Ankidodo – fin du trek à Antoetra


Cette fête a lieu pendant la saison sèche tous les 2, 5 ou 10 ans en fonction des moyens de la famille. De nombreux zébus sont sacrifiés et les morceaux de viande sont répartis entre les invités: la chair pour les amis proches (cela resserre les liens), la poitrine pour les gendres, la bosse pour les plus âgés. Nous arrivons au village vers 12h et là, nous retrouvons nos « guides amateurs » qui veulent à tout prix nous vendre des articles en bois. Chacun achète une petite boîte pour être tranquille.

Ce n’est que vers 18h30 que nous arrivons à Fianarantsoa, Fianar pour les locaux, la capitale de l’ethnie Betsileo. Fetra nous laisse à l’hôtel Cotsoyannis et va passer la soirée à la maison avec sa femme qui doit accoucher d’ici une quinzaine de jours. Après une bonne douche, nous descendons au restaurant. Cela fait drôle de se retrouver en ville avec de nombreux Vazahas alors que depuis 3 jours, nous n’avons rencontré qu’un couple d’ethnologues dans les villages Zafimanry. Au menu, un planteur suivi d’un velouté de carotte coco curry, un magret de canard sauce vanille, puis des tranches d’ananas flambé. Un régal. Au coucher, nous avons enfin un beau ciel étoilé.
